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« Corpus Delicti : un procès » (ce livre est fou ♥)

« Je retire toute confiance à une société composée d’êtres humains, mais fondée sur la peur de l’humain. Je retire toute confiance à une civilisation qui a trahi l’esprit au profit du corps. […]  Je retire toute confiance à une normalité qui se définit elle-même comme la santé. Je retire toute confiance à une santé qui se définit elle-même comme la normalité. […] Je retire toute confiance à des parents pour qui une cabane dans un arbre n’est qu’un «risque de chute» et un animal domestique un «risque de contamination». Je retire toute confiance à un État qui sait mieux que moi ce qui est bon pour moi. »

Corpus Delicti : un procès
Un roman de Juli Zeh,
publié pour la première fois en France en 2010
aux éditions Actes Sud (Lettres Allemandes)


Résumé

Nous sommes en 2057 et tout est propre. Pour le bien de tous, l’État a instauré la Méthode, qui soumet la population à des règles hygiéniques drastiques. Depuis le décès de son frère, Mia Holl perd les pédales : cette jeune biologiste a arrêté le sport et n’a pas transmis aux autorités les rapports obligatoires relatif à son sommeil et à son alimentation. Convoquée au tribunal, elle est bientôt soupçonnée de sympathies avec le groupe Droit à la maladie. Lucidité visionnaire, humour amer et rythme enlevé sont les atouts de ce roman politique sur les dérives de l’obsession hygiéniste, du culte du corps et de la tentation normative.


Chronique originellement publiée sur Golden-Book (qui n’existe plus) et mise à jour

J’ai lu ce roman en 2016 dans le cadre de mon cours universitaire centré sur la dystopie bio-politique. Ce fut une excellente découverte ; c’est même le livre que j’ai préféré sur mes huit lectures obligatoires du semestre (toutes matières confondues) !

Aujourd’hui, les dystopies les plus populaires sont surtout des sagas pour adolescents ou jeunes adultes (si on écarte les auteurs classiques tels que Huxley et compagnie). Elles sont donc, la plupart du temps, pensées d’abord pour ce public. Corpus Delicti est ce qu’on pourrait appeler « une dystopie pour adultes » ; le roman ne vise pas spécialement un jeune lectorat, mais un public bien plus large.

On sent les engagements sociaux et politiques de l’autrice derrière sa plume, mais sans que cela ne déborde du cadre fictionnel. Les grands discours du roman se fondent pourtant aussi bien dans l’univers de Corpus Delicti que dans le nôtre.

Il ne faut pas vous attendre à un récit particulièrement chaleureux. Les personnage, plus qu’ils ne « sont » vraiment, incarnent avant tout une idée ou un idéal, chacun ayant un rôle permettant de représenter différents points de vus. Attention ! S’ils peuvent sembler un peu froid, je ne dis pas pour autant qu’ils sont dépourvu d’humanité ! On peut ressentir de la compassion pour Mia, notre héroïne, ou encore s’éprendre des convictions de Moritz.

Cela n’empêche en rien l’intrigue d’être entraînante et palpitante. Du début à la fin, j’ai dévoré l’aventure de Mia avec passion. Certains personnages restent pour moi inoubliables de par leur histoire (pour Mia et Moritz) ou par le rôle qu’ils tiennent dans le récit et les idées qu’ils y incarnent.

Corpus Delicti fait parti de ces romans qui peuvent marquer très fortement l’esprit, ne laissent pas indifférent, appellent à la réflexion et invitent à revoir notre vision du monde. Si j’avais voulu souligner les passages clés du récit, les discours et citations du roman qui percutent le lecteur de plein fouet, j’aurais surligner presque tout le roman ! L’écriture, la narration et les dialogues… tout à un sens réel, et profond. C’est un roman qui marque avant tout par son propos et ses discours engagés (dans l’univers du récit).

La fin du roman est assez surprenante, même si j’avoue l’avoir vu venir d’une certaine manière. Cela ne l’empêche pas d’être épique et, surtout, paradoxalement dramatique !


Conclusion

J’aurais tendance à conseiller ce roman à tout le monde, à partir du lycée. L’écriture est accessible et le contenu réellement intéressant. Tout est pensé de A à Z, construit et chaque personnage (ainsi que ses actions) incarne une idée précise ou tient un rôle bien définit pour faire passer tel ou tel message/émotion. Le contenu est fluide, fort et percutant. Si vous n’êtes pas très axé dystopie d’habitude, je vous invite à faire une petite exception (si ma chronique a déjà suscité votre intérêt, bien entendu). C’est un roman qui m’a profondément marqué, qui a su me passionner à chaque page et chaque mot. Une excellente lecture, profondément intéressante et humaine ; qui ne mérite pas sa note très moyenne de 14.5 sur livraddict ahah !

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