Mangas & BD

« March Story » : Une pentalogie horrifique et romantique

Résumé

Europe, XVIIIe siècle. Aux quatre coins du monde, il existe des antiquités dont la beauté est telle qu’elle donne le vertige. Mais gare à celui qui voudra se les approprier ! Car en elle sommeillent parfois d’étranges créatures démoniaques, appelées « Ils », qui n’attendent qu’une victime innocente pour se réveiller. March est un Shisté Bihaad, chasseur de reliques. Il traque ces objets possédés pour sauver les âmes humaines, malgré le danger qui repose au fond de lui…


Il y a environ cinq ans, ce titre avait été un coup de coeur phénoménal. Toutefois, afin de vous livrer la chronique la plus juste possible, j’ai passé l’après-midi à me replonger dans cette saga en cinq tomes qu’est March Story. Verdict… ?

Une histoire bluffante et émouvante

Ce qu’il y a de dingue avec March Story, c’est qu’on arrive à avoir un scénario bien développé, prenant, palpitant et émouvant ; le tout en seulement cinq tomes. Tout est minutieusement bien filé de A à Z. La saga libère quasiment tout son potentiel, sans donner au lecteur une impression de sous-développement, d’éléments passés sous silence ou encore d’histoire écourtée. Au contraire ! Le format s’adapte relativement bien. Sur les séries courtes, j’ai souvent cette impression de « c’était chouette, mais il manquait un petit quelque chose« , mais là pas du tout.

« March Story », © YANG Kyung-Il ; KIM Hyang-Min ; Panini Manga & Shougakukan Inc.

Ce qu’il y a d’encore plus fou, c’est qu’en dehors du fil conducteur principal, on est tenu en haleine et ému par des intrigues qui ne durent souvent qu’un ou deux chapitres (du moins sur les premiers tomes) et croyez-le ou non, mais j’ai été scotchée par chacune d’elles. Pourtant, March Story révèle peu à peu  toute son intelligence narrative en liant certaines histoires ou personnages. Cela vient immédiatement renforcer les sentiments d’immersion et d’attachement qu’on peut avoir pour la série. 

Des personnages profonds et marquants

Chaque protagonistes et antagonistes participent à rendre ce titre quasiment inoubliable. Personnages principaux comme secondaires ont su m’émouvoir (parfois jusqu’aux larmes) et me bluffer. Certains m’ont fait frissonner d’horreur et de dégoût ; d’autres ont su m’attendrir dans leur ambivalence et subtiles nuances ; d’autres m’ont fait fondre d’admiration de par leur courage et leur force intérieure ; et enfin la candeur, la loyauté et la douceur de certains ont su me réchauffer le coeur. Si on retrouve quelques rôles typiques du genre dans March Story, chaque personnage est utilisé à bon escient et n’est jamais une outrageuse caricature. Le tout mêlé à une intrigue originale et prenante, cela donne forcément une belle série.

« March Story », © YANG Kyung-Il ; KIM Hyang-Min ; Panini Manga & Shougakukan Inc.

Ce qui rend cette saga si marquante, c’est que chaque personnage ressort grandit, changé de cette histoire. Tous ont un passif développé -souvent tragique- et ont affaire avec des dilemmes intérieures. March est une héroïne (oui oui) forte et courageuse, affrontant sans relâche les démons de son passé -et du présent- tout en faisant preuve de douceur et d’une très grande sensibilité. Jake, de par son physique, n’est pas sans rappeler la sorcière Yubaba dans Le Voyage de Chihiro. Pourtant, on découvre que derrière cette figure imposante et sûre d’elle se cache également une femme au grand coeur et aimante, tentant tant bien que mal de se reconstruire. Rodin incarne le prince charmant par excellence avec son élégance, sa gentillesse et ses manières de gentleman. Toutefois, gare à ne pas vous en prendre à ceux qu’il aime… et à ce qu’il ne vous arnaque pas dans sa boutique ahah ! Bref.. et je ne parle que des principaux. 


Un univers à la fois ténébreux et poétique

Avec March Story, on embarque pour un récit fantastique, voir horrifique, qui se déroule au 18e siècle, en Europe. Ajoutez à cela quelques entités démoniaques incorporelles, de beaux costumes, d’innocentes victimes et des chasseurs de reliques ensorcelées et vous obtenez un récit à l’ambiance gothique à souhait ! Pourtant, si la série glace parfois le sang, elle est aussi attendrissante, poétique et romantique.

« March Story », © YANG Kyung-Il ; KIM Hyang-Min ; Panini Manga & Shougakukan Inc.

March Story pourrait s’apparenter à un conte pour adultes, au final, tant certains événements et le format court (mais intense) de certaines aventures nous rappellent ses derniers. Tout est toujours tragique, magnifique et fort ; sans pour autant que cela paraisse excessif ou surfait. March incarne un peu cette figure de la jeune fille innocente au passé tragique et victime d’une malédiction, le courage et la force d’une chasseuse d’Ils en plus. Seule Jake est au courant qu’il s’agit d’une femme et, si elle garde le secret, c’est pour se préserver du danger qui sommeille en elle et qui ne demande qu’un battement de coeur un peu trop fort pour se réveiller… je n’en dirais pas plus, mais c’est terriblement romantico-dramatique.

Entre les cadavres qui pendent au plafond, les bains de sangs, les démons ensorceleurs, les combats aériens ; puis les belles robes, le petit cocon familial des Shisté Bihaad, les sentiments tortueux refoulés et ceux qui, au contraire, finissent pas se libérer, on a de quoi baigné dans un récit bien contrasté. Horreur, gore et drame côtoient à merveille l’amitié, la romance et l’aventure. Cela créé quelque chose de fort et chaque registre permet d’équilibrer les autres dans le ton. Ainsi, on est ni dans un récit excessivement sombre, ni excessivement guimauve. Tout amateur de contes traditionnels ou de mangas tels que Black Butler, Rozen Maiden ou God Child (et autres titres de Kaori Yuki) trouvera forcément son compte avec March Story.

« March Story », © YANG Kyung-Il ; KIM Hyang-Min ; Panini Manga & Shougakukan Inc.

La patte artistique de Kyung-Il Yang

« March Story », © YANG Kyung-Il ; KIM Hyang-Min ; Panini Manga & Shougakukan Inc.

Dernier point sur lequel je voudrais revenir : les dessins de Kyung-Il Yang, dont la patte délicate et le sens du détail sont en total adéquation avec le récit. Le dessinateur arrive à rendre tout terriblement sublime, captant la beauté même dans les scènes les plus affreuses. Les chevelures des personnages sont souvent impressionnantes. Une planche de deux pages sur laquelle apparaît March enfant avec, au-dessus d’elle, des cadavres m’a particulièrement marqué.

Et que dire de toutes les scènes où March apparaît nue ! Loin d’être vulgaire ou de donner cette impression de fan-service qu’on peut retrouver sur certaines séries, ici c’est d’une douceur et d’une poésie sans nom. Cela permet de rendre compte de toute la vulnérabilité (dans le bon sens du terme) de notre héroïne et de tous les aspects d’elle-même qu’elle est obligée de refouler. Les ronces qui l’entourent souvent sont d’ailleurs, à ce sujet, extrêmement symboliques, incarnant à la fois ses forces (son pouvoir de Shisté Bihaad) et ses faiblesses (sa situation intangible). Vraiment, j’ai été conquise !


Conclusion

Ce titre est encore et toujours un coup de foudre. Il me suffit de penser à March Story pour que mon coeur gonfle et mes yeux pétillent. Je n’arrive pas à trouver les mots exacts pour vous dire à quel point cette lecture m’a fait passer par un tas d’émotions fortes et à quel points les personnages m’ont apporté… C’est aussi un des seuls mangas m’ayant émue jusqu’aux larmes avec Nana. Vraiment, si vous aimez les récits aussi horrifiques que merveilleux, aussi tortueux que doux, aussi effrayant qu’attachant et romantique, je ne peux que vous recommander cette saga. /!\ Attention quand même aux âmes sensibles à la vision de sang ou de cadavres. Il y en a un certain nombre.

La série s’étant terminée il y a quatre ans, Panini a décidé de stoppé sa commercialisation… Mais il n ‘est pas trop tard ! En dehors de l’occasion, vous pouvez peut-être encore la trouver dans vos librairies ou mangathèques spécialisées ! Je l’espère, car c’est un vrai bijoux à ne pas louper ♥

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8 réponses »

  1. Coucou ma Junette ! Quelle chronique ! Je suis juste subjuguée ! Je ne connaissais pas du tout ce titre et je me demande comment j’ai fait pour passer à côté. Je ne pense pas qu’ils l’aient à la bibliothèque, je l’aurais remarqué tout de suite ! En revanche, j’ai un très bon vendeur de mangas d’occasion près de chez moi qui saura peut-être faire mon bonheur… En tout cas, je croise les doigts et bravo pour cette critique dithyrambique, c’est juste la perfection !

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